La force du storytelling, c'est l'échec !

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Le storytelling par l'échec ? Est-ce que ce n'est pas un peu méthode Coué, ça ?
Et si je prenais l'exemple de Steve Jobs pour illustrer cette affirmation ?
Depuis sa démission, posts, tweets et articles classiques n'ont eu de cesse de souligner l'incroyable success story du bonhomme. Et même si je suis partisan de la philosophie Google, très éloignée de celle d'Apple, je le reconnais.
 
Il serait pourtant faux de ne retenir que l'aspect "cocorico" de cette story ; car c'est bien plus sur des échecs (et la faculté de les gérer) qu'elle s'est fondée. Je ne suis pas le seul à le dire, mais le ressort du storytelling, ce sont les conflits. Une histoire "cocorico" n'a aucun intérêt, une collection d'histoires "cocorico" à travers les années en a encore moins. Ce n'est donc pas sous l'angle de l'Histoire que Steve Jobs a accumulé un potentiel de storytelling impressionnant. C'est plutôt une timeline thématique qu'il a déployée. Pas tant pour s'en servir comme d'une storythèque, que comme éléments, preuves (on retrouve les reasons why de la pub traditionnelle) appuyant une "bigger story".
 
Le storytelling le plus efficace en marketing n'en reste effectivement pas à l'utilisation d'une histoire, si bien scénarisée soit-elle, mais développe une histoire plus grande, à laquelle les "petites" histoires sont connectées et avec laquelle ces dernières entrent en raisonnance (pas de faute d'orthographe ici...). 
Cette bigger story, c'est celle d'Apple et de sa vocation de ne pas mettre l'homme en confrontation face à la machine, mais de mettre la machine au service de l'homme. Quitte à essuyer des échecs. Cela a été le cas en 1980, avec le lancement de l'Apple III, qui, pour être silencieux, était démuni de ventilateur. Pas au point, la technique fera flop. Pas l'idée de machine au service de l'homme. Cette quête ne se fera pas sans trahisons, Steve Jobs apparaissant parfois comme le traître, comme lorsqu'il abandonna le projet Lisa (du nom de sa fille), pour s'embarquer dans l'aventure Macintosh. Mais c'était pour la bonne cause. Parfois, c'est lui qui est la victime. L'un des épisodes marquants de la story Steve Jobs est bien le moment où il a été viré par le conseil d'administration d'Apple, par John Sculley, celui qui avait été patron de PepsiCo avant que Steve Jobs ne le persuade de le rejoindre avec une question fameuse : "préférez-vous vendre de l'eau sucrée jusqu'à la fin de vos jours ou venir avec moi changer le monde ?". C'est cette question que l'on retiendra, mais c'est bien son éviction puis le fait qu'il réssuscitera qui sont importants, puisqu'il sera rappelé à la tête d'Apple, alors au bord du gouffre, quelques années plus tard. On retrouve là de grands épisodes et de grandes figures de la dramaturgie et de la littérature, quelques éléments du voyage du héros de Joseph Campbell, aussi.
Le terme "Dark Vador du business" utilisé la semaine dernière par Libération lui va très bien.
 
Autres échecs encore : Next, le nouveau défi de Steve Jobs dans son "après-Apple", en 1985, dont les ventes d'ordinateurs ne décolleront pas... mais qui sera rachetée par Apple, quelques mois avant son retour et après s'être recentrée sur le software. Echec et rebonds, toujours. Conflit, donc. Le Mac Cube ? Echec aussi, pour ce produit dont Steve Jobs dira qu'il était "le plus bel ordinateur jamais conçu par Apple". L'innovation et le service de l'homme sont là, mais le coût trop élevé. Pas grave : c'est aussi la machine au service de l'homme et à un coût.. humain. Mais rémunérateur quand même, donc la notion de coût humain sera à traduire par : coût accepté par l'homme, construction de la marque qu'on peut percevoir comme une techno-secte à la clé. Comme le dira Umberto Eco dès 1994 : "le Mac est catholique (...). Il est convivial, amical, conciliant, il explique pas à pas au fidèle la marche à suivre(...). Tout le monde a droit au Salut".
 
Le personnage même est conflictuel. Perçu comme un génie par les addicts, comme un tyran par ceux qui ont affaire à lui, et notamment ses employés. Là aussi, c'est un héritage de sa propre histoire : viré qu'il a été, par le passé, victime de trahisons... Il a su cependant ne pas se positionner comme un génie, mais comme un architecte autour duquel gravitent d'autres personnages fascinants : designers, développeurs... dont les noms n'ont pas été dissimulés pour ne laisser croire qu'à la compétence du chef.
 
Success-story ? Oui, mais grâce aux échecs et au conflit.
 

Storytelling sans paroles mais parlant

La Bahrain Telecomunications Company (Batelco) n'a pas lésiné sur les moyens, à la fois financiers et en intelligence narrative, pour produire, plus qu'un spot, une aventure de plus de 3'30". (Bon, tout cela date de fin 2010, donc certains auront déjà eu l'occasion de le voir ce film... Mais ce n'est pas de l'abus, surtout si on compare cette rediffusion aux habitudes de nos chaînes de télé... Mais ceci est une autre histoire).
Pas un seul dialogue dans ce film mais des images qui parlent, racontent une/des histoire(s). C'est une célébration de l'imagination, des idées (le concept "nous donnons vie à vos idées") qui est à l'honneur ici.
Sur le site web de la campagne baptisée Batelco Infinity, on annonce d'ailleurs : "an epic journey through people's ideas" (un voyage épique à travers les idées des gens, pour traduire littéralement).
Le film se termine aussi sur une question, excellente d'un point narratif puisqu'il appelle à la fois à se joindre à l'histoire et à la prolonger : "what are your ideas?" (quelles sont vos idées).
Oui, vraiment, ce film nous a bien plu, à une nuance près.
La force narrative du récit aurait mérité d'être mise au service d'un concept un peu plus original que le déjà vu : "nous donnons vie à vos idées". En plus, la pertinence du concept s'agissant d'un opérateur de télécoms, est assez réduite, et le rend encore plus banal.
Mais c'est sans doute aussi un peu cela, Bahreïn : beaucoup d'argent, donc la possibilité d'en utiliser plus que nécessaire.

Mais bon, que cela ne vous empêche pas de goûter à ce film :

Une nouvelle web-série bancaire et storytelling

Banque

Le storytelling est vraiment soluble dans la plupart des secteurs d'activité, et pour la très grande majorité des messages marketing. Tous ? Peut-être. Mais bon, peu importe, au fond. Ici, en tout cas, cette une application intéressante.
Au passage, c'est aussi le genre de la web-série qui se trouve remis sur le devant de la scène. il est vrai qu'on l'avait un peu perdu de vue, alors qu'il étant très en vogue il y a 3 ans.
C'est donc la Banque postale qui remet le couvert.
 
Dans http://www.lafollejourneedejulien.com/, c'est une vraie histoire (c'est à dire avec un vrai scénario, une véritable intrigue, de vrais personnages -joués par des acteurs convaincants dans leur rôle) qui nous est servie.
 
Le dénommé Julien se fait renvoyer chez sa mère par sa copine. Le voilà qui en appelle même aux internautes pour essayer de la reconquérir : doit-il choisir la tactique de la truite ou du tigre ? Et là, c'est aussi intéressant, narrativement : on nous fait vraiment entrer dans l'histoire, et c'est une autre histoire qui se juxtapose à celle que nous raconte la production. Une dimension réseaux sociaux pourrait encore prolonger cette deuxième histoire et en générer d'autres, mais il ne semble pas que ce soit le cas ici. On ne peut pas toujours tout faire...
 

Les 5 péchés du storyteller

Serpent-storytelling

Le storytelling est un outil puissant, à condition que l'utilisateur en fasse un usage adéquat. Pas si facile qu'il y paraît à première vue.
Il y a en fait 5 péchés dont le storyteller doit s'éloigner s'il ne veut pas... tuer son storytelling tout simplement.

Voici ces 5 péchés :


1. Oublier l'évidence :

Le storytelling n'est pas univoque : c'est une relation qui se construit plus que s'établit entre l'émetteur et les récepteurs du récit. Ce n'est pas une argumentation, un effort de conviction : il ne s'agit pas de manipuler, d'essayer de persuader quelqu'un d'adhérer ou d'acheter quelque chose dont il n'a nul besoin. C'est très personnel, le storytelling, intime. Il y a un vrai partage, un abandon d'une partie de soi à l'auditeur. Laissez vos forces mais aussi vos faiblesses s'exprimer.

2. Oublier le storytelling :
A force de passer du temps à conseiller l'emploi du storytelling à d'autres et à former des gens au storytelling, on peut en arriver à oublier soi-même d'utiliser le storytelling. Même si, évidemment, le storytelling n'est pas à placer systématiquement, à utiliser à toutes les sauces. Cela vaut aussi quand on est formé au storytelling, mais qu'on oublie de l'utiliser, pour continuer dans la voie des outils de communication traditionnels, qui ne marchent plus...

3. Oublier la grande histoire que l'on doit raconter :
Nous avons plein d'histoires à pouvoir raconter. Nous sommes naturellement riches en storytelling, toutes sortes d'histoires, connectées ou non entre elles. Sauf que nous devons avoir une grande histoire, une ligne directrice, pour transmettre un message : toutes les petites histoires que nous racontons doivent être connectées à la fois entre elles et avec cette grande histoire, pour contribuer à transmettre du sens.

4. Faire dans le standard :
Le storytelling est contextuel... ou n'est pas. L'histoire standard qui convient à tous les publics n'existe pas, car les histoires qui sont mauvaises n'ont pas de raison d'exister et cela se confirme dans la réalité : elles ne touchent pas leur public, au propre comme au figuré.

5. Croire qu'"une histoire et puis c'est bon" :
Parce que c'est une construction, le storytelling n'est pas un média de l'instantané. Une histoire sera suivie d'autres et surtout d'une appropriation par le public.